Cinq universités rwandaises participent à la 10e édition du Concours national de plaidoirie en droit international humanitaire (DIH). Ce concours est organisé par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), comme l’a indiqué la cheffe de mission du CICR, Mme Aurélie Grange. Elle a accordé un entretien à André Gakwaya de l’Agence de presse rwandaise (RNA) au sujet de cet événement qui se déroule sur deux jours. Voici ses propos :

AG – Le CICR est le gardien du droit international humanitaire (DIH), le droit de la guerre, un mandat qui nous a été confié par tous les pays signataires des Conventions de Genève. Ce mandat comprend notamment la diffusion des connaissances en DIH, en particulier auprès des décideurs et des juristes de demain. Nous organisons ce concours national de plaidoirie dans plusieurs pays ; ici, en Afrique de l’Est et centrale, par exemple, nous l’avons organisé dans neuf pays différents. L’objectif est de favoriser la compréhension du DIH chez les étudiants en droit.
Ce concours réunit cinq universités de Kigali. L’année dernière, elles étaient six, mais l’une d’entre elles n’a pas pu participer cette année. Chaque université est représentée par une équipe de trois étudiants, sélectionnés par leur établissement respectif.
Le concours porte sur le droit international humanitaire (DIH). Les étudiants travaillent sur des études de cas, en se plaçant dans le contexte de scénarios de guerre. Comment le DIH protège-t-il les populations civiles ou celles qui ne participent plus aux hostilités, c’est-à-dire celles qui ne combattent plus ? Par exemple, le thème de cette année est la protection des hôpitaux, autrement dit, des infrastructures de santé.
Nous savons que ce sujet est d’une grande actualité, car nous constatons que des hôpitaux sont attaqués dans les conflits qui se déroulent actuellement à travers le monde. Il est donc essentiel pour nous de rappeler à chacun ses droits et obligations dans de telles situations et de défendre sans relâche les trois principes fondamentaux du droit international humanitaire (DIH) : prendre les précautions nécessaires pour éviter de cibler les civils, garantir la proportionnalité des attaques et maintenir une distinction claire entre civils et combattants. Ces trois principes fondamentaux du DIH doivent être appliqués en toutes circonstances, même en temps de guerre.
ARI – Cette année, le thème est particulier. Quel pays avez-vous choisi comme cadre de ce conflit ? Par ailleurs, un homme, Zawadi Mwamba, est recherché et comparaît devant un tribunal. Pourriez-vous nous en dire plus ?
AG – Il s’agit d’un scénario entièrement fictif, créé spécifiquement pour cet exercice. Il se déroule dans un pays imaginaire. La situation décrit est celle d’un conflit armé non international (CANI), ce que le CICR appelle un CANI. Autrement dit, il ne s’agit pas d’une guerre entre deux États, mais d’un conflit entre un État et un groupe armé. Les règles du droit international humanitaire (DIH) s’appliquent différemment selon que le conflit est de nature internationale ou non internationale. C’est une étude de cas purement hypothétique, conçue par des experts juridiques.
ARI – Et quel message souhaiteriez-vous transmettre à tous les étudiants en droit, ainsi qu’au personnel du secteur de la justice, aux militaires, aux policiers – à tous ceux qui sont impliqués dans le DIH (Droit international humanitaire) – et au grand public ?
AG – Naturellement, notre message principal porte sur l’application du droit international humanitaire en temps de guerre. Il était important pour nous de réunir les décideurs de demain ; c’est pourquoi nous avons invité non seulement des étudiants, mais aussi des universitaires spécialistes du droit international humanitaire, ainsi que des représentants de divers secteurs de la sécurité susceptibles d’influencer ce droit.
Nous avons également contacté celles et ceux qui joueront un rôle futur dans la protection des populations civiles. Cette année, notre message principal portait spécifiquement sur les hôpitaux et la protection des services de santé en temps de guerre. Plus largement, cependant, notre message principal concerne la protection des civils et de ceux qui ne participent plus aux hostilités lors des conflits armés.
Nous constatons une détérioration continue de la situation, les civils étant de plus en plus touchés par les conflits à travers le monde. C’est là, en substance, notre principal message.

ARI – Deux équipes seront sélectionnées pour participer à la finale de demain à la Cour suprême. Les étudiants ayant participé à ce concours ont-ils suivi une formation spécialisée en droit international humanitaire ?
AG – Eh bien, dans les facultés de droit rwandaises, le droit international humanitaire est un module à part entière, une matière spécifique. Leurs études ne sont donc pas entièrement consacrées au DIH, mais c’est l’un des modules abordés durant leur cursus universitaire.
N.B. :
Le contexte principal est celui d’une élection présidentielle organisée dans le pays de Wadiya dans le but de rétablir l’état de droit. Cependant, le régime en place a truqué le scrutin et installé un président. En réaction, l’opposition s’est renforcée et a formé une armée – un groupe rebelle dirigé par le colonel Zawadi Mwamba. À un moment donné, cette armée rebelle a bombardé un stock de munitions entreposé par le gouvernement près d’un hôpital. Les explosions qui ont suivi ont détruit l’hôpital – y compris des infrastructures vitales et du matériel médical essentiel – et ont coûté la vie à douze médecins et infirmières. Cet acte constitue une grave violation du droit international humanitaire. Les étudiants ont été chargés d’évaluer les dégâts et leurs diverses implications en vue d’éventuelles poursuites contre les responsables – notamment le colonel Mwamba, qui était représenté par une équipe de défense devant le tribunal.
Les cinq universités participant à la sélection le premier jour sont : Unilak, ULK, l’Université de Kigali, Ines Ruhengeri et l’Université du Mont Kigali.
